Guitare Classique Paris 2008

Anders Miolin et Ermanno Chiavi

C'est après un concert à Zurich que le luthier Ermanno Chiavi fait la rencontre d'Anders Miolin. Durant leur conversation, Miolin déjà adepte de la dix-cordes. lui fait part de ses opinions sur les instruments à 10 et 11 cordes et émet l'hypothèse d'élargier encore l'ambitus de son instrument dans le registre grave. Malgré un certain scepticisme, l'évocation de ce projet réussitnéan moins à attiser la curiosité d'Ermanno Chiavi.

„J'étais curieux de savoir comment un guitariste trouverait son chemin sur tant de cordes et de frettes". Lors d'un second rendez-vous, le luthier lui présente un de ses instruments à dix cordes construit quelques années plus tôt. Anders, enthousiasme, lui rappelle son projet et, cette fois-ci, il lui soumet l'idée d'une guitare à 13cordes. Ayant préalablement réfléchi sur les possibilités offertes par cet instrument pour le guitariste et le compositeur, il réussit à convaincre Chiavi. De nombreuses rencontres suivant leur premier rendez-vous et, au printemps 2002, Chiavi se met sérieusement au travail. Avec ses étudiants, il rencontre Anders Miolin afin de dresser la liste des exigences et idées relatives à cette guitare. Organisant les différentes suggestions et évaluant leur faisabilité, il est enfin en mesure de dresser un planning afin deprocéder à la réalisation du projet. Face aux multiples contraintes que peutinduire la réalisation de cet instrument. Chiavi et son équipe rivalisent d'ingéniosité pour trouver des solutions. C'est ainsi qu'ils repensent certaines des parties de l'instrument.

En général, la disposition usuelle des mécaniquesen rang confère de longues têtes aux guitares dépassant les six cordes. Après diverses tentatives, ils réussissent à trouver une réponse à ce problème de design: malgré les 13 cordes, il dessine une tête dont les proportions serapprochent de très près de celles d'une tête de guitare standard. Le surplus de poids est réduit au minimum, en faveur d'une amélioration en termes devibration. À tout cela s'ajoute l'organisation des chevilles, qui permet unalignement des cordes dans le prolongement du manche, réduisant l'angle avec celui-ci et favorisant un transfert de vibration plus équilibré.

Le manche lui aussi est d'un dessin tout particulier, puis qu'il décroît de la troisième frette jusqu'à la douzième, detelle sorte qu'à la 12e case, seules sept des 13 cordes peuvent être actionnées sur la touche. Ce qui contribue encore à réduire le poids et donner une apparence plus légère à l'instrument. Dans une recherche d'équilibre, Chiavi rajoute cinq frettes dans les aigus, de sorte que l'ambitus de l'instrument ne se trouve pas élargi que dans le grave. Sur son instrument, il devient possible de jouer cinq octaves, au lieu de trois octaves et une quinte sur une guitare normale. Rajouter des frettes pour créer plus de notes aiguësest une chose ; pouvoir les jouer en est une autre. En effet, à partir de la 12e case se pose le problème du placement du pouce de la main gauche. C'est pour cela que dans une rechercher d'accessibilités des notes suraiguës, il utilise un système consistant en une inclinaison de la table entre la 12e et la 24e case, permettant un jeu plus confortable. La rosace et la bouche de la guitare, elles, se trouvent à une place bien peu conventionnelle : dans la partie supérieure gauche de la table. Cet emplacement décentré, inspiré du luthier espagnol Simplicio, fut développé dans les années 30 par ce dernier qui l'abandonna, à cause de son impopularitéau près des guitaristes trop conservateurs de l'époque.

Guitare Classique, Janvier 2008 No 39

Florent Passamonti